vendredi 8 avril 2016

2006 Roumanie - Serbie

Samedi 26 août 2006

Départ à 11h avec Viviane depuis Saint-Fargeau (Yonne) dans notre fourgon Boxer aménagé en camping-car.

Nous roulons vers l’est jusqu’à hauteur de Mulhouse.
Nous franchissons le Rhin et passons en ALLEMAGNE à 17h30. Nous allons remonter par l’autoroute badois dans le Bade-Wurtemberg jusqu’à hauteur de la ville de Karlsruhe.
A la recherche d’un endroit pour dormir, nous cerclons dans la région pendant une heure. « Achtung ! Schranke » (barrière) préviennent des panneaux à la moindre entrée d’un chemin forestier.
Finalement, nous nous arrêtons vers Ettlingen, au sud de Karlsruhe, en bord de route, dans un recoin sous des arbres, à 19h40.

Dimanche 27 août 2006

C’est dimanche. Cyclistes et promeneurs commencent à se garer sous les arbres.
Après avoir pris le petit déjeuner dans le Boxer, nous quittons notre emplacement à 8h40.
Nous allons maintenant traverser l’Allemagne par la voie classique de l’autoroute Stuttgart -  München.

Nous entrons en AUTRICHE à 15h, par Salzburg.
Comme l’Allemagne, l’Autriche est maintenant un pays de la zone euro et de l’espace Schengen. Il faut tout de même s’arrêter à la frontière pour acheter une vignette nous permettant de rouler sur autoroute.
Comme ce n’est pas notre but, nous traversons tout le pays vers l’est jusqu’à hauteur de Wien (Vienne). Nous sortons de l’autoroute pour rechercher un camping.
A 18h30, nous nous installons au camping Wienerwald, à Sulz-im-Wienerwald, aux environs de Vienne. Sympa-thique, enherbé et calme.

Lundi 28 août 2006

Nous quittons le camping à 8h40. Nous retrouvons l’autoroute qui sort de Vienne en direction de Bratislava et Budapest. Nous suivons en cela les indications SK (Slovaquie) et H (Hongrie), puis seulement H, passant à proximité du Neusiedler See, avant d’atteindre la frontière.
Nous arrivons en HONGRIE à 10h15.
La Hongrie a intégré l’Union européenne le 1er mai 2004.
A la frontière, change de devises et achat d’une vignette, car nous comptons emprunter de temps en temps l’autoroute.
Contournant Györ, nous roulons jusqu’à BUDAPEST  que nous atteignons à 11h30.
On se gare sur un parking le long du Danube et l’on va faire une balade en ville. 
A Pest, une des trois parties de la ville, le quartier Belváros est le noyau historique.
Nous pénétrons sous la halle 1900 du grand marché couvert. C’est un régal ! L’alimentation est au rez-de-chaussée : de superbes étalages de piments et de poivrons, des boucheries. Sur les balcons du 1er étage, on trouve les broderies folkloriques, les bijoux, les fleurs, les vins, les bières (j’y déguste une « sör » à la pression) ; au sous-sol, les  poissonneries et petits bazars …
Vers midi, nous mangeons dans un restaurant du quartier.
Par la suite, nous flânons dans Belváros. La ville a bien changé depuis notre passage en 1982.
Tout bouge très vite en Hongrie, depuis que le pays est entré de plein fouet dans l’économie de marché. C’est un peu l’air du capitalisme sauvage qui sévit, surtout à Budapest.
« Vörösmarty tér » est le cœur de la ville, immense place à deux pas du fleuve, avec sa statue taillée dans le marbre de Carrare. Sur cette place, le café Gerbeaud, une institution depuis 1870 : c’est un salon de thé de style viennois avec ses tables de marbre et ses chaises de velours. Nous parcourons « Váci utca » : la partie piétonne est très touristique ; l’autre partie, beaucoup plus sympa, est pleine de petites boutiques sans âge (au n° 75, par exemple, - découverte due au Guide du Routard - on ne vend que des boutons !).
Nous récupérons notre voiture pour franchir le Danube. Nous grimpons au mont Gellért, côté Buda, au sud de la colline du château (où cette fois nous n’irons pas…). Les Autrichiens ont bâti cette citadelle en 1854 pour mieux surveiller les Hongrois. Et de fait, la vue est imprenable sur la ville traversée par le fleuve. 


C’est tout l’intérêt de ce lieu. Aucune envie de suivre les touristes dans la forteresse.

Nous sortons en voiture de la ville pour nous diriger vers les monts Mátra (cf. 1982 et 1995). Nous passons à Gyöngyös, au pied du massif et au cœur d’une région vinicole. Nous atteignons Mátrafüred, un village de montagne, à 19h. Au bord du minuscule lac Sástó, un camping est ouvert. Mais il n’y a pas de place : il est entièrement occupé par un groupe de jeunes. Le gardien du camping nous propose de dormir en face de l’entrée, sous un bosquet. Ma foi, nous y serons aussi bien, et nous pourrons profiter des sanitaires du camping !
A la tombée de la nuit, la promenade au bord du lac est fort agréable. Les ados rentrent au camping, laissant le champ libre aux canards colverts et aux foulques macroules.

Mardi 29 août 2006

Au matin, quittant les monts Mátra,  nous retrouvons l’autoroute. Nous allons la quitter rapidement, pour pénétrer dans la Puszta, la grande plaine hongroise.


Le paysage originel de la plaine subsiste dans le parc national d’ Hortobágy.
L’Unesco l’a classé réserve mondiale de la biosphère.


Le mythe fonctionne toujours, les puits rustiques à balancier ponctuent encore le paysage.















A Hortobágy, on ne reconnait pas le petit musée installé dans une ancienne grange que nous avions visité le 25 août 1982. Par contre, un complexe touristique a pris toute la place.
Nous traversons le parc et roulons jusqu’à Debrecen.
A 11h30, nous atteignons la frontière entre la Hongrie et la Roumanie. Au poste hongrois, nous patientons derrière des piétons qui passent en Roumanie, chargés de gros paquetages.


Deux cent mètres plus loin, nous sommes arrêtés au poste-frontière roumain. Il nous faut ouvrir les coffres et soulever les banquettes du camping-car. Des affichettes bien en vue préviennent de la lutte contre la corruption, avec un numéro de téléphone au cas où…
A 11h45 (12h45, heure locale), nous entrons en ROUMANIE.

La Roumanie, issue des principautés autonomes de Moldavie et Valachie, voit son indépendance de l’Empire ottoman proclamée le 9 mai 1877 et reconnue au traité de Berlin le 13 juillet 1878. En 1918, la Transylvanie, la Bucovine et la Bessarabie proclament leur union à la Roumanie.
Le 6 mars 1945, un coup d'État communiste met fin au gouvernement issu de la Résistance. La dictature communiste s'abat alors sur le pays, qui deviendra en 1965 la République socialiste de Roumanie.
[]En décembre 1989, alors que des manifestations contre le régime secouent le pays, les communistes réformateurs renversent le président Nicolae Ceauşescu, forment avec quelques dissidents un Front du salut national, renoncent au communisme et permettent le rétablissement de l'économie de marché. Le jour de Noël 1989, Ceauşescu et sa femme sont condamnés à mort et exécutés suite à un procès très controversé. C'est la « révolution roumaine », en réalité un coup d’état bien manigancé. Le pays prend le nom de République de Roumanie.

Et là, nous faisons un saut en arrière de 50 ans. Une route pavée délabrée, des carrioles à cheval, des femmes qui font de l’auto-stop avec leurs baluchons… Nous chargeons deux de ces femmes qui proviennent de la frontière et se rendent à la première ville, Valea lui Mihai.
Pendant les douze kilomètres, elles ne font que nous parler en roumain, bien que nous ne comprenions pas ce qu’elles disent.
Les Roumains décrivent souvent leur pays comme une « île de latinité dans un océan slave ».
C’est vrai, linguistiquement. La Dacie fut une province satellite de Rome, colonisée et latinisée. Le roumain est une langue latine, truffée de mots slaves, hongrois, tziganes, grecs et turcs.
Nous arrivons à Valea lui Mihai. Nous déposons les deux femmes. L’une continuera son trajet vers le sud, l’autre vers le nord.
La bourgade est déprimante, les rues défoncées avec des ornières inondées. Par contre, on trouve sur la place une banque ultramoderne avec un distributeur de billets. Ce qui nous permet de retirer de l’argent. Ici, la monnaie nationale est le leu.
Nous allons maintenant rouler vers le nord, direction Satu Mare. Nous mangeons dans le fourgon en bord de route.
L’état du réseau routier est assez redoutable pour les amortisseurs, la direction et les pneus.

La Transylvanie est une région de la Roumanie, formée de plateaux, de dépressions et de vallées, limités au sud et à l'est par l'arc formé par le vaste massif des Carpates. Les régions externes du nord et de l'ouest sont la continuation de la vaste plaine hongroise et forment les contreforts des Carpates.
Nous traversons Baia Mare, située dans une dépression. Nous sommes dans la province historique du Maramureş. La ville est environnée par un relief montagneux, au nord avec les monts Igniş, à l'est avec les monts Gutâi.  
Grimpant vers le col de Gutâi, à 987 m, la route aborde les Carpates orientales.
A la sortie de la ville, la forêt remplace peu à peu les bâtiments désaffectés rongés par la rouille. De l’autre côté du col, nous avisons une « cabana turistică », de type refuge, qui a l’air désertée. Comme il se fait tard, nous cherchons un emplacement pour passer la nuit aux abords. Un peu trop en vue tout de même.
Nous arrivons au crépuscule dans la vallée de la Mara, bucolique avec ses maisons et ses églises en bois. Nous atteignons Sighetu Marmaţiei. Il fait nuit maintenant. Nous continuons à rouler pour chercher un emplacement. De jour il faut déjà être très prudent, mais de nuit, cela devient dantesque ! Les villages sont plongés dans la pénombre, les vélos et charrettes sont rarement éclairés, les piétons et les chiens surgissent de toute part…

Vers 22h, nous avisons une station-service près de Săpînţa. J’essaie de me faire comprendre et demande si nous pouvons nous arrêter aux abords de la station. C’est d’accord. Après avoir posé les obturateurs sur les vitres pour nous isoler, nous mangeons rapidement dans le Boxer et nous installons pour la nuit.

Mercredi 30 août 2006

Comme nous sommes à Săpînţa, nous ne pouvons pas manquer la visite du « cimetière joyeux ». L’entrée est payante. C’est un pimpant cimetière, noyé dans la verdure et les fleurs sauvages. Toutes les tombes éclatent d’un bleu profond, plus ou moins délavé par le temps. Des médaillons et bas-reliefs illustrent avec humour les caractéristiques principales des défunts. 















Cet art naïf et espiègle est l’œuvre du sculpteur Ion Stan Pătraş qui immortalisa pendant 40 ans tous les habitants du village. Extraordinaire !
Dans une rue en terre battue derrière le cimetière, une belle maison de bois abrite l’atelier-musée de Dimitri Pop, qui a pris la relève de Ion Pătraş. 















Devant le site, des artisans exposent leurs produits : tapis, broderies, vêtements, nappes. Les petits métiers de village sont une des grandes richesses du patrimoine culturel roumain et sont encore pour beaucoup de familles rurales un complément de revenus. Nous achetons une belle nappe finement brodée.
A quelques kilomètres de Săpînţa se trouve la ville de Sighetu Marmaţiei. Pour l’atteindre, la route longe la Tisa, rivière qui sert de frontière avec l’Ukraine. Sur l’autre rive, on aperçoit les villages ukrainiens qui s’égrènent au pied des collines.
Le cœur de Sighet (comme on l’appelle communément) a conservé le cachet des villes commerçantes de l’Empire austro-hongrois avec de longues avenues ou places que domine l’église évangélique. 


Avant la Seconde Guerre mondiale, ce fut un des hauts lieux de la culture juive d’Europe centrale.
Nous visitons l’ancienne prison de Sighet et le musée des victimes du totalitarisme. Le musée est aménagé dans une des plus dures prisons politiques de la Roumanie des années 50. Il présente toutes les étapes de la vie politique et sociale du pays après la deuxième guerre mondiale. Chaque cellule est elle-même un musée qui témoigne de la férocité de la dictature passée.
Il est midi. Nous mangeons au « David’s Pub », un restaurant qui nous est indiqué dans le Guide du Routard. A la sortie, lorsque nous regagnons le fourgon, quelqu’un nous interpelle, voyant que nous sommes français. Il nous donne quelques indications sur des lieux à voir.

Cet après-midi, nous retournons dans la vallée de la Mara, que nous avions traversée hier à la tombée de la nuit. Nous parcourons la vallée, de Deseşti à Vadu Izei, passant à Berbeşti, Fereşti et Giuleşti. C’est une succession de villages avec de belles maisons traditionnelles, des portails magnifiques et de sublimes églises en bois. 





La vie rurale est bien vivante, la campagne bucolique, avec les meules de foin, les bœufs attelés... Au coin de certaines maisons, l’arbre à casseroles : il y a une fille à marier !
Nous faisons route ensuite vers l’est, dans la vallée de l’Iza.
A Bârsana, un long village de la vallée, nous sommes stoppés par une fête locale. Les villageois en costumes traditionnels, les femmes et les jeunes filles en jupes à fleurs, les carrioles aux chevaux décorés précèdent une troupe de cavaliers dont les bêtes sont somptueusement harnachées. Tout le monde se dirige vers le centre du village pour la fête.


















Après quelques photos, nous reprenons la route. Paysage de moyenne montagne, route étroite et truffée de nids-de-poule.
Cherchant un hébergement, nous roulons jusqu’à Borşa, au pied des monts Rodnei. Demi-tour sur Moisei.
Il est très facile de trouver à se loger en Roumanie. L’hébergement chez l’habitant, et notamment à la campagne, commence à se structurer. Les prestataires doivent être homologués. « Donner sa préférence aux hébergements homologués, c’est encourager les Roumains à sortir de cette pénible culture de la triche et de la magouille » (GdR). Ils sont indiqués sur le bord des routes par un logo en forme de tente.
A 19h, nous frappons à la porte d’une pension chez l’habitant à Moisei. Nous garons le Boxer devant la propriété, en sécurité derrière la palissade. Au fond d’un jardin, une grande tente (avec une porte en bois) dans un site charmant au bord d’une rivière, avec deux tables de camping aux abords et un WC en bois. Nous nous installons sous la tente qui contient quatre lits et une petite table.
Ensuite, nous nous rendons chez nos hôtes pour prendre le repas. L’accueil est chaleureux mais la discussion succincte (toujours la barrière de la langue !). En prélude au repas, une « ţuică », un alcool de prune, nous installe dans la convivialité. Nos hôtes se retirent discrètement pour nous laisser manger. Nous dégustons une bonne cuisine familiale paysanne avec des produits sains de grande qualité et savoureux (légumes et viande).
Lorsque nous rentrons sous la tente, il se met à pleuvoir. Le crépitement de la pluie sur la toile bercera notre sommeil…

Jeudi 31 août 2006

Au matin, c’est la grisaille et l’humidité, au fond du jardin.


Nous prenons le petit déjeuner chez nos hôtes, puis une douche rustique dont l’eau est chauffée avec un poêle à bois.
C’est le départ. Nous faisons route vers la Transylvanie historique, restreinte à la partie centrale de la région actuelle du même nom.
La route s’engage dans la vallée entre les monts Ţibleşului et Rodnei : nids-de-poule tout d’abord, puis route tranquille d’où l’on admire les villages et le paysage. L’itinéraire atteint les monts Bârgău et gagne Bistriţa, à l’atmosphère des grandes cités germaniques, due à l’influence saxonne depuis le XIIIe siècle.
C’est dans les monts Bârgău que l’écrivain irlandais Bram Stoker situa le repaire de Dracula. En fait Vlad Ţepeş, dit l’Empaleur, était un voïvode valaque du XVe siècle, héros de la résistance antiturque, qui n’a pas grand-chose à voir avec le personnage de Dracula.
Sur le trajet, nous assistons à quelques scènes cocasses. A la sortie d’un marché, deux bœufs sont attelés à une charrette à laquelle est attaché à l’arrière un cheval, et sur laquelle sont parqués des moutons. L’ensemble s’ébranle lentement …
Ailleurs, une jeune fille promène son cochon en laisse au bord de la route, nombril à l’air, avec le téléphone portable à l’oreille !
Halte en cours de route dans un resto de station-service.

C’est sous la pluie que l’on atteint Cluj- Napoca. Ancienne cité dace, elle a connu de multiples invasions. Elle reste aujourd’hui encore la grande ville multiculturelle de Transylvanie.















Nous entrons en ville par une large avenue et stationnons sur la piaţă Unirii au cœur de la ville. Nous allons nous promener dans le centre-ville au départ de la place. Visite de l’église Saint-Michel, de style gothique allemand. Petit périple par la strada Matei Corvin ( au n° 6, maison natale de ce roi de Hongrie natif de la ville), la strada Universităţii, jusqu’au bastion des Tailleurs, le seul qui subsiste de l’enceinte médiévale. Sur la strada Emile Zola (eh oui, on ne l’a pas inventé !), nous allons boire un café au bar Euphoria, dans une cave voûtée. Manifestement notre consommation rapide (destinée à aller aux toilettes) ne convient pas trop au serveur…
Dans une rue, une dame qui nous a entendus parler nous aborde. C’est une Française qui vit six mois de l’année en France et six autres mois en Roumanie, dans le cadre d’une association d’entraide. Ravie de discuter en français, elle nous fait part de ses doutes par rapport à l’entrée de la Roumanie dans l’Union européenne, qui doit se concrétiser le 1er janvier 2007. D’après elle, le pays n’est pas encore prêt et devrait d’abord se débarrasser de la corruption qui le gangrène à tous les niveaux…

Nous quittons la ville. A 18h45, nous nous installons dans un camping, Pădurea Făget, sur les collines verdoyantes au sud de la ville. Pas de comparaison avec un camping occidental : les sanitaires sont douteux, les pommeaux de douches alignés en plein air le long du mur, les ordures  amoncelées dans un coin du camping.
A part deux ouvriers dans un bungalow, nous y sommes seuls. Le ciel restera chargé toute la soirée.

Vendredi 1er septembre 2006

Aujourd’hui, nous allons passer la journée dans les monts Apuseni.
Le massif des monts Apuseni fait partie des Carpates occidentales. Il sépare le plateau central de Transylvanie de la zone externe. C’est un massif secret, complexe, sauvage, au relief karstique avec de nombreuses cavités souterraines.
Peu après Turda, nous nous dirigeons d’abord vers les gorges de Vălişoarei par une petite route qui met à rude épreuve les amortisseurs. 


Nous traversons quelques villages dont les maisons s’égrènent tout au long des rues.


On zigzague entre les trous dans la chaussée, les chantiers de travaux non signalés, les carrioles de foin…















On passe à Rimetea, village hongrois aux superbes maisons blanches dans une vallée bucolique. Le relief devient plus accidenté, la route se dégrade de plus en plus à l’entrée des gorges, passe devant la citadelle en ruines de Coltesti, s’insinue entre des falaises calcaires somptueuses.
Retour par la même route. Sur la place d’un village, nous nous arrêtons devant des échoppes d’artisanat de  broderies et nappes. Plus loin, nous visitons le petit monastère orthodoxe de Rimetea


Une nonne nous le fait visiter, non sans faire remarquer à Viviane qu’elle porte un pantalon et que normalement les femmes doivent être en robe et tête couverte !
L’intérieur du monastère est relativement sobre, comparé aux richesses des monastères de Bucovine. A l’extérieur, une petite boutique. Nous n’y achetons rien mais laissons une obole dans une urne en guise de remerciement pour la visite.
On commence à avoir faim. Nous mangeons dans le Boxer en bord de route.

L’après-midi, nous parcourons la vallée de l’Arieş.
Nous entrons dans le pays des Moţi. Domaine d’une vieille civilisation roumaine, la « Tara Moţilor » s’étend de la haute vallée de l’Arieş jusque vers Turda.
Les Moţi vivent de l’élevage, de la forêt et de l’artisanat du bois. L’habitat est dispersé en petits hameaux qui ponctuent une sorte de bocage de montagne. Paysages merveilleux mais conditions de vie très dures. Les associations locales comptent sur le développement d’un tourisme maîtrisé par les habitants pour stopper l’hémorragie.
L’Opération Villages roumains, créée en 1989 contre le plan de « systématisation » de Ceauşescu, a laissé place à des actions de partenariat avec le soutien de programmes européens. Les localités de la vallée sont concernées.
Les villages s’égrènent le long de la route. On aperçoit d’étroites petites passerelles suspendues en bois qui permettent le passage par-dessus la rivière. Instable et scabreux ! 


Lors d’un arrêt en bord de route pour prendre quelques photos de carrioles à cheval, moyen de locomotion principal des villageois, nous sommes très vite sollicités pour un hébergement chez l’habitant. 




Nous traversons Câmpeni (centre régional d’exploitation du bois et de fabrication de meubles qui devient un centre touristique), Albac et Gârda de Sus.
A 16h30, à la sortie de Gârda, nous avisons le camping Mama Uţa, sympathique et pittoresque dans un verger. Nous nous installons sous un pommier. Le patron parle français et nous installe un branchement électrique hasardeux par la fenêtre d’un bungalow. Les toilettes sont un peu rustiques et nécessitent un seau d’eau…

Samedi 2 septembre 2006

Au matin, le trop-plein des eaux usagées de la douche s’écoule devant la cabine…

Nous poursuivons notre trajet dans les monts Apuseni. Nous franchissons le col de Vârtop (1160 m), parsemé de chalets. Et puis c’est la descente vers la vallée de Beiuş, une mosaïque de champs d’où émergent les silhouettes de petites églises en bois du XVIIe siècle.
Depuis Beiuş, nous empruntons une petite route de montagne jusqu’à Stâna de Vale, une station climatique entourée de forêts de conifères, à 1102 m d’altitude. Station de ski en hiver, point de départ d’excursions en été, c’est un domaine avec une jolie église en bois, des bâtiments désuets, un hôtel défraichi et un petit restaurant qui ne paie pas de mine.
Tout près de là, une source minérale jaillit en une petite cascade entre des rochers.
Le soleil ne parvient pas à percer la couche de brume, et il ne fait pas chaud. Nous prenons un repas succinct avec une bière au petit restaurant de la station, parcouru de courants d’air.

De retour dans la plaine, nous rencontrons des troupeaux de buffles qui pâturent en liberté dans la steppe et tout au long de la route. Prudence ! On roule au pas. Les buffles vivent au milieu des pacages et des steppes, moitié domestiques, moitié sauvages, presque en liberté, à la façon des taureaux et des chevaux de la Camargue.















Nous roulons maintenant vers le sud-ouest. Après la vallée de Beiuş, nous empruntons de petites routes qui longent les flancs des monts Zarand (ouest des monts Apuseni), contreforts des Carpates, pour rejoindre la plaine du Banat. Nous franchissons le fleuve Mureş qui est la limite nord de la province historique du Banat.
Le trajet est éprouvant. Le réseau secondaire est truffé de trous et crevasses en tout genre, souvent signalés par une branche plantée dedans ! La conduite des Roumains est également préoccupante : traversée en trombe des villages, dépassements suicidaires avec souvent des  voitures en mauvais état et des pneus usés jusqu’à la corde. Par contre, à côté des charrettes à cheval et des camions poussifs, les voitures occidentales neuves des nouveaux riches offrent un contraste saisissant.

Nous atteignons dans la soirée Timişoara. A 18h30,  nous nous présentons à l’accueil du camping international, en périphérie de la ville. Pas de problème, nous pouvons entrer, mais on nous prévient qu’une fête de mariage a lieu dans le restaurant du camping et que…il risque d’y avoir du bruit. Entièrement rénové, le camping est agréable et propre. Nous y sommes pratiquement seuls, et le mariage n’est pas encore arrivé…
                                                                    
Dimanche 3 septembre 2006

En fait, la nuit s’est bien passée. Nous étions suffisamment éloignés du restaurant pour ne pas être trop gênés par la musique. Au matin, des poules picorent et des lapins folâtrent au cœur du camping.
Aujourd’hui, nous visitons Timişoara.
Ville au charme lié à la fois à l’histoire ancienne et contemporaine, Timişoara conserve l’aura de la révolution de 1989 et brandit fièrement son titre de première ville libre.
Le 16 décembre 1989, une insurrection populaire commença à Timişoara contre le régime communiste de Nicolae Ceauşescu. La ville fut ainsi la première à se rebeller contre le pouvoir.
Nous débutons notre promenade par la piaţă Victoriei, encore déserte ce dimanche matin, surtout peuplée de pigeons.


C’est une place piétonne entre l’opéra et la cathédrale, bordée d’hôtels particuliers baroques et néo-Renaissance. Au milieu de la place se trouve la statue de la louve allaitant Romulus et Remus, offerte par la ville de Rome en 1926, comme symbole des origines latines du peuple roumain.
Sur l’emplacement d’un bazar et d’un bain ottomans se dresse la piaţă Libertătii avec son ancienne mairie baroque et ses inscriptions en arabe.
Quant à la piaţă Unirii, c’est le cœur baroque de la vieille ville, avec son église romano-catholique, la façade de l’église serbe, la statue de la Sainte-Trinité construite après la peste de 1738. 















Nous buvons un pot au soleil sur la terrasse d’un restaurant.
Nous faisons un tour par curiosité dans un supermarché ouvert ce dimanche matin. On en ressort avec quelques beaux « chemins de table » brodés.

Passage à la cathédrale orthodoxe. C’est un mélange entre le style néo-byzantin et le style moldave. Toutes les régions de Roumanie ont apporté un élément artistique particulier, ce qui en fait le symbole de l’unité roumaine. C’est aussi le symbole « télévisuel » de la révolution de décembre 1989 où les premiers coups de feu furent tirés sur les manifestants le 17 décembre.
Devant la cathédrale, des croix en bois sculptées offertes par des artistes du Maramureş sont un hommage aux morts de la révolution.


C’est l’heure de la sortie de la messe. Une foule impressionnante sort de l’édifice qui peut accueillir jusqu’à 5000 personnes.


En Roumanie, la religion orthodoxe a un poids considérable, y compris dans la vie politique.
Nous pénétrons dans la cathédrale. Somptueuses dorures et fresques byzantines. Pas de sièges comme dans les églises catholiques. Les fidèles encore présents font le tour des parois, en procession, touchant et baisant les statues et les icônes des saints avec une grande ferveur.

Il est midi. Nous mangeons au « Bastion Bavaria », un restaurant construit dans les restes des fortifications de la citadelle magyare de 1266.
L’après-midi, nous visitons le musée du Banat, installé dans le château des Hunyadi construit par le roi de Hongrie au XIVe siècle. Il retrace l’histoire du Banat mais aussi de toute la Roumanie, depuis le paléolithique jusqu’en 1918.
Devant l’entrée du musée, un lampadaire rappelle que Timişoara fut la première ville d’Europe à éclairer ses rues à l’électricité.


Nous quittons Timişoara  et, par une route de plaine, nous nous dirigeons vers la Serbie. Dans la dernière localité avant la frontière, la police effectue un contrôle de vitesse !
Nous passons la frontière à Moravita vers 16h45 et entrons en SERBIE. Il est15h45, heure serbe.

Après la dissolution de la République socialiste fédérative de Yougoslavie en 1992, il ne reste que la Serbie et le Monténégro dans la nouvelle Yougoslavie fédérale. En octobre 2000, Slobodan Milošević et son régime sont renversés. Le 4 février 2003, le parlement accepte la création d’une nouvelle fédération aux liens très lâches, limitée aux deux États restants, sous le nom de Serbie-et-Monténégro. Suite à l’indépendance du Monténégro, proclamée il y a tout juste trois mois le 3 juin 2006, le parlement serbe adopte dès le 5 juin 2006 une déclaration faisant officiellement de l’État serbe le « successeur » de l’ancien État commun de Serbie-et-Monténégro, ce qui équivaut de facto à proclamer l’indépendance de la République de Serbie et à reconnaître celle du Monténégro.

C’est donc dans un Etat tout récent que nous pénétrons.
Une pancarte en alphabet cyrillique nous accueille sous l’ancienne dénomination «  Srbija i Crna Gora » (Serbie-Monténégro). D’ailleurs la plupart des voitures ont encore la plaque minéralogique « SCG ». La nouvelle plaque « SRB » n’est guère utilisée. Le drapeau serbe par contre remplace partout l’ancien drapeau fédéral. Les panneaux indicateurs sont en caractères cyrilliques, doublés en caractères latins sur les grands axes. La langue officielle est le serbe.
Le serbe comme le croate appartiennent à la branche méridionale des langues slaves. La Yougoslavie communiste avait tenté de fusionner, en raison de leur proximité lexicale, les deux normes en une seule sous le nom de serbo-croate. Après l’éclatement  du pays, en raison des enjeux nationalistes, chaque langue s’est redéfinie, les Serbes orthodoxes utilisant l’alphabet cyrillique et les Croates catholiques l’alphabet latin.
La première ville après la frontière est Vršac, en Voïvodine, dans la grande plaine pannonienne.
En tout cas, c’est un changement de standing, par rapport à la Roumanie. Le réseau routier est en bon état. C’est appréciable pour notre fourgon.
A Pančevo, nous retirons des dinars serbes dans un distributeur de billets.
Vers 17h15, nous arrivons à BEOGRAD (Belgrade).
Nous cherchons un camping indiqué dans le guide du Petit Futé. Ne sachant où nous diriger, nous pénétrons en ville et nous nous retrouvons sur de grands boulevards incontournables. Heureusement le trafic n’est pas celui d’une capitale occidentale, surtout en ce dimanche soir.
Le problème est de se repérer, avec les noms de rues indiqués en cyrillique. Et pas grand monde à qui s’adresser. Il nous faudra deux heures pour trouver l’ « auto-camp » Dunav  à 12 km du centre, à Zemun, ville de la périphérie de Belgrade. C’est un grand camping en terrasse au-dessus du Danube (fleuve que nous retrouvons après l’avoir quitté lundi à Budapest).

Lundi 4 septembre 2006

Nous faisons 500 mètres à pied depuis le camping pour prendre un autobus qui nous mène à Belgrade. Traversant la Save, le bus nous dépose à la gare routière Lasta, près de la place Zeleni Venac où se tient le marché du même nom, plein d’une foule bigarrée et rurale.
Carrefour majeur des Balkans, au confluent de la Save et du Danube, la «  ville blanche » s’est forgé une identité avec des cultures aussi diverses que l’Orient ottoman, l’Europe autrichienne et la civilisation slave.
Excepté le quartier près de la gare routière et du marché, 
je ne reconnais plus Belgrade que j’avais déjà visitée il y a 34 ans avec Hichem, alors capitale de l’ancienne Yougoslavie. 
Nous commençons notre visite par la forteresse de KalemegdanConstruite au XIVe siècle par un despote serbe puis rebâtie par les Autrichiens selon les principes de Vauban, les Turcs y établissent  de 1739 à 1830 leur point le plus avancé dans les Balkans et contrôlent les mouvements des troupes autrichiennes en contrebas.
La forteresse offre un vue panoramique admirable sur le confluent de la Save et du Danube. C’est un lieu de repos et de promenade en plein centre ville, un parc aux multiples attractions : tours, portes médiévales, monuments ottomans, églises, parc zoologique, musée militaire, cafés, restaurants. A l’entrée du parc se dresse le monument à la France, hommage du peuple serbe à la France pour l’aide qu’elle lui a apportée pendant la Première Guerre mondiale.

Sortant de la forteresse, nous arpentons le quartier Stari Grad  et sa rue piétonne Knez Mihaïlova qui est le cœur névralgique de la capitale serbe, l’artère principale où tout le monde passe. 


On achète quelques babioles à des baraques en bois installées en zone piétonne. Autour de la place de la République, on trouve les cinémas, le théâtre, le Musée national (que nous avions visité en 1972), une statue monumentale, le « konj » qui  trône sur la place (monument de Mihailo Obrenović qui a libéré la Serbie des Turcs). 


Sur « Studenski trg », ce sont les bâtiments universitaires et les monuments culturels qui dominent. Bien entendu, beaucoup d’étudiants et de jeunes dans les rues.
L’intense vie culturelle de Belgrade, où la jeunesse n’a que faire des vieilles lunes nationalistes, autorise la comparaison avec les capitales européennes occidentales.
Vers midi, nous déjeunons en terrasse d’un restaurant, dans une petite rue.
Nous nous baladons dans le quartier SkadarlijaLa rue Skadarska est une des plus belles rues de Belgrade, pavée à l’ancienne et bordée de restaurants et de terrasses. 


Sa réputation de bohème ne s’est jamais démentie depuis que les Tziganes y ont installé leurs ateliers de peinture et leurs cabarets au XIXe siècle. On y trouve les plus anciens restaurants de la ville avec des spectacles musicaux traditionnels.
Un peu plus loin, nous visitons l’église orthodoxe Sveti Marko. C’est une très belle église qui surprend par ses couleurs rouge et ocre, et par ses matériaux qui vont de la brique au bois en passant par le bronze. Les Belgradois ont l’habitude d’y déposer à toute heure un cierge en l’honneur des morts ou pour un être proche. Les Serbes ne sont pas particulièrement pieux, mais l’orthodoxie est vécue comme un aspect fondamental de leur culture.

Inévitablement, dans nos pérégrinations, nous allons rencontrer le passé récent qui a marqué le cœur de la ville. Je veux parler des bombardements de l’OTAN en 1999 au beau milieu de la ville. Entre le 24 mars et le 9 juin 1999, se déroule la plus grande opération que l’OTAN ait jamais engagée depuis la Seconde Guerre mondiale. Après les massacres perpétrés au Kosovo par la police serbe, l’OTAN intervient par des bombardements quotidiens et massifs. Bilan humain, économique et écologique désastreux.
La ville garde les stigmates de cette agression. Les Belgradois, lorsqu’ils passent devant un immeuble éventré, s’efforcent de feindre l’indifférence. Il vaut mieux éviter les sujets qui fâchent. Je prends une photo d’un immeuble détruit, en catimini, dissimulé derrière un arbre.


La ville vit aujourd’hui une transition politique et économique brutale.
Des affiches de Slobodan Milošević apparaissent encore ici et là dans les rues.
Milošević perd les élections en septembre 2000, et en octobre il est renversé par la foule qui envahit le parlement. Il est livré au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie en juin 2001. Mais il meurt au centre de détention des Nations unies à Scheveningen, le 11 mars 2006, avant la fin de son procès.
Nous remontons vers la gare ferroviaire centrale et la gare routière d’où Hichem et moi avions quitté la ville en 1972. Vague souvenir… Nous buvons un pot – une « pivo » pour moi – sur la place. Par la suite, nous retournons à la gare routière Lasta. Nous achetons des tickets de bus dans un kiosque à journaux.

Nous sommes de retour au camping vers 18h30.
En contrebas, le soleil éclaire les forêts de la rive gauche du Danube, tandis que la barque d’un pêcheur se dessine à contre-jour sur le fleuve… 


Mardi 5 septembre 2006

Le matin, nous  nous rendons en Boxer au centre de Zemun. C’est une petite ville paisible, en face de la forteresse du Kalemegdan, à l’embouchure de la Save et du Danube, avec de nombreux édifices austro-hongrois. Longeant le Danube, une longue promenade arborée, jalonnée de cafés et de restaurants de poisson renommés permet d’admirer la majesté du grand fleuve. Nous faisons des courses au marché de Zemun, au bord du Danube. Fruits et légumes, produits locaux, artisanat et vêtements. Nous y achetons de la šljivovica, un alcool de prune, boisson nationale. Elle se boit aussi bien en apéritif que comme médicament contre la grippe ! Fruit emblématique de la Serbie centrale, la prune y est cultivée depuis des siècles.

Par la suite, nous nous mettons en route vers la Serbie occidentale.
Au sud de Belgrade, nous traversons les premières collines de la Choumadie. Nous roulons jusqu’à Valjevo, à 90 km de la capitale, première ville légèrement en altitude de Serbie occidentale, sur les premiers contreforts des Alpes Dinariques. Paysage de collines et de vallées ondoyantes.
Nous atteignons Valjevska Kamenica dans l’après-midi. C’est un village alpestre lové au pied des vieilles montagnes du mont Vlašić. Nous cerclons en voiture autour du village avec ses pruniers et framboisiers typiques de la Serbie.
Au retour, nous repassons à Valjevo où nous faisons des courses dans une supérette.
Nous repartons vers Belgrade, et nous arrivons à l’auto-camp de Zemun vers 18h30.

Mercredi 6 septembre 2006

Nous quittons le camping définitivement et nous dirigeons vers le nord-ouest, dans la province autonome de Voïvodine.
Cette province dispose d'un parlement et d'un gouvernement. De nombreuses minorités s’y côtoient, dans une grande compréhension mutuelle (qui commence à se fissurer..). Vaste plaine drainée par le Danube, la Save et la Tisza, c’est le grenier à blé de la Serbie.
Un premier arrêt à Ruma. Mais pourquoi Ruma ? Tout simplement parce que mamy Juju (la mère de notre belle-fille Patricia) en est originaire. On recherche en vain une carte postale de la ville à lui envoyer.
Rien à voir, à part une place délabrée avec de curieuses sculptures qui ressemblent aussi bien à de gros insectes ou des vers gigantesques qu’à des trompes d’éléphants ou des cors de chasse ! 















On s’aventure aussi dans le marché, rural, populaire et coloré.


Ici comme partout dans les pays des Balkans, on remarque des affiches mortuaires avec photo du défunt, punaisées sur les arbres.


Nous nous dirigeons ensuite vers Novi Sad. Auparavant, nous traversons le petit massif montagneux de Fruška Gora, connu pour ses seize monastères orthodoxes. Une grande partie de ce massif a été transformée en parc national. Collines boisées, grandes forêts de conifères et de feuillus.

Sortant du parc, nous débouchons sur Novi Sad.
Lorsque les guerres yougoslaves commencent en 1991, Novi Sad est une ville prospère. L’embargo sur la Yougoslavie décrété par l’ONU en 1992 coupe tout le trafic sur le Danube. Plus aucun navire étranger ne passe à Novi Sad  jusqu’en 1998.
Depuis la chute du régime communiste et la reprise du trafic, l’économie repart, mais à un rythme plus lent qu’auparavant.
On franchit le Danube, on se gare au bord du fleuve et on entre à pied au centre-ville. Novi Sad est le berceau de la culture serbe qui s’est développée sous la protection austro-hongroise. La Matrice Serbe, l’institution culturelle la plus ancienne, est fondée en 1826. Musées et galeries, monuments et églises, sont concentrés dans le périmètre restreint du centre historique : entre autres, la cathédrale catholique, la cathédrale orthodoxe, la Matrice Serbe, l’éparchie orthodoxe (palais résidentiel de l’évêque). 


Sur la place de la Liberté, l’espace est accaparé par une exposition temporaire de sculptures chevalines de différents artistes éparpillées sur les trottoirs. 


On mange au restaurant le « Lipa », indiqué par le Petit Futé : nappes brodées sur les tables, scènes de chasse aux murs, repas typique de Voïvodine avec un vin régional.
Par la suite, nous effectuons une balade au centre-ville : les rues Zmaj Jovina et Dunavska, pavées et bordées de maisons à deux étages aux couleurs vives du XIXe siècle ; la rue Pašićeva, commerçante et populaire.


Viviane ne résiste pas à l’envie d’acheter un tee-shirt kitch pour Maxime.

Il est temps maintenant d’entamer notre trajet de retour. Prenant la route de la Croatie, nous  remontons le Danube sur sa rive gauche, longeons un marais. A Bačka Palanka, on éprouve quelques difficultés pour trouver la frontière, non indiquée. Poste serbe sur la rive gauche, poste croate sur la rive droite.
Après la traversée du fleuve, nous sommes en CROATIE. Il est 15h30, à la frontière d’Ilok. A la sortie de la cité, nous stoppons à un bureau de change pour obtenir quelques kuna.
Ici, c’est la Slavonie, à l’extrême est du pays, partie nord du croissant que forme la Croatie de part et d’autre de la Bosnie-Herzégovine. Vaste plaine agricole limitée au nord par la Drave, au sud par la Save et à l'est par le Danube, c’est la région la plus fertile du pays, incluse dans la grande plaine pannonienne.

Passage à Vukovar, ville saccagée lors du conflit yougoslave de 1991-1995. En juillet 1991, l’armée fédérale yougoslave commença le siège de la ville. Un déluge de feu s’abattit sur Vukovar qui dut se rendre le 18 novembre. Le bilan s’avéra effroyable, la ville était quasiment détruite.
Ce ne sera qu’en 1998 que l’armée serbe quittera les territoires occupés et que la Slavonie orientale sera rendue à la souveraineté croate.
Avant d’arriver en ville, nous faisons un arrêt au cimetière. L’imposant monument aux morts a été inauguré en août 2000. Les 938 croix blanches symbolisent les victimes des bombardements. Ceux qui sont tombés les armes à la main possèdent leur carré. Un peu plus loin, le château d’eau, cible favorite des tirs serbes, troué, déchiqueté mais toujours debout, est le symbole de la résistance. Il restera en l’état comme témoignage de la violence des combats.
Vukovar est triste comme la mort. Le centre-ville présente encore une bouleversante image de désolation. 



La rue principale est une longue suite de bâtiments ruinés avec des éclats de balles et d’obus dans les façades encore debout. De temps à autre, une maison reconstruite forme un contraste saisissant. Vukovar se relève doucement, mais manque cruellement de moyens et d’argent. Il faudra des années pour effacer les séquelles de la guerre.

Nous roulons encore jusqu’à Osijek. Nous cerclons dans la région, en recherche d’un endroit pour dormir. Le parc naturel de Kopački rit, compris entre Drave et Danube, est une riche réserve ornithologique dans un paysage de tourbières, de marécages, de bosquets et de bois. Malheureusement, il fut abondamment miné lors de l’occupation serbe. Une proportion de 35% du parc n’est toujours pas déminée. Evidemment, pas question d’y pénétrer.
A 19h30, à la tombée de la nuit, nous empruntons un chemin qui longe les berges de la Drave. Les pêcheurs quittent les lieux. Bientôt nous nous retrouvons seuls au bord de la rivière pour y passer la nuit.

Jeudi 7 septembre 2006

Je me lève à 6h pour faire des photos. Le jour se lève sur la Drave. Des nappes de brume courent sur la rivière tandis que le soleil  levant dessine les silhouettes des arbres. Un héron pousse un cri sonore et s’envole, la barque d’un pêcheur glisse silencieusement dans une atmosphère feutrée. 



Bientôt la brume s’élève, gomme le paysage et la barque du pêcheur. 



Puis le soleil domine et la brume s’estompe. Splendide jeu de couleurs…



Je rejoins le fourgon, maintenant en plein soleil, qui me paraît bien sale et poussiéreux. Les routes de Roumanie n’y sont pas étrangères!


Nous nous mettons en route à 8h20. Nous allons traverser la Slavonie, région très fertile, d’argile et de loess. Les champs de maïs et de blé s’étendent à perte de vue.
Par des routes secondaires, nous roulons jusqu’à Nova Gradiška. Ensuite nous rejoignons l’autoroute qui nous mène à Zagreb.

A 12h30, nous passons la frontière de la SLOVENIEmembre de l’Union européenne depuis le 1er mai 2004.
Nous faisons une halte en bordure de forêt pour manger dans le camping-car. Un problème : la ventilation du Boxer ne veut plus s’arrêter lorsque l’on coupe le moteur. Je suis obligé de débrancher un fil de contact sous le capot, à chaque arrêt.
De passage à LJUBLJANA, la capitale, nous nous promenons à pied vers le Triple Pont « Tromostovje », dans la vieille ville et sur les quais de la rivière Ljubljanica. Les immeubles baroques décrépis que nous avons connus en 1993 ont été rénovés. Les cafés et restaurants s’ouvrent vers l’extérieur et leurs terrasses envahissent les berges de la Ljubljanica ainsi que les places du vieux centre ville. Au premier abord, l'impression que donne la ville est d'être à taille humaine, jeune et vivante.
Nous prenons un pot sur une terrasse au centre-ville. Curieusement, Viviane n’a aucun souvenir de notre passage à Ljubljana il y a treize ans.

Quittant la ville, nous partons ensuite en direction de l’Autriche. En cours de route, on essaie bien dans la soirée de faire examiner la voiture par un garagiste, en tentant de lui expliquer notre problème de ventilateur. Il nous fait comprendre que ce n’est pas réparable de suite et que le mieux est de faire comme je le fais, à savoir débrancher…
Parvenus au pied des Alpes slovènes, nous nous arrêtons au camping de Podljubelj, où nous avions passé une nuit le 18 août 1993, avec Caroline sous tente. Et là non plus, Viviane n’en a pas de souvenir… C’est une grande prairie au pied des majestueuses Alpes slovènes.



Nous payons en tolars, au grand étonnement de la responsable du camping, plutôt habituée à l’euro des touristes. J’achète en même temps une « pivo » locale en canette.
La nuit tombée, je franchis la passerelle sur le torrent pour me rendre au village (comme il y a treize ans !).

Vendredi 8 septembre 2006

Nous passons en Autriche par la passe de Ljubelj (ou tunnel de Loiblpass).
Nous descendons jusqu’à Klagenfurt ; et là, après avoir acheté une vignette, nous empruntons l’autoroute jusqu’à Salzburg.
Ensuite trajet en ALLEMAGNE, par l’autoroute : München, Augsburg.
Vers 19h, nous trouvons un camping, près de Ulm (Bade-Wurtemberg). C’est un petit camping familial, avec une clientèle d’habitués, aux abords d’une ferme et d’un étang. Un barbecue se prépare.

Samedi 9 septembre 2006

Le matin, trajet jusqu’à Karlsruhe.
Là, nous quittons l’autoroute pour traverser le Pfälzerwald (dans le Land de Rhénanie- Palatinat). Ce massif  prolonge les Vosges du Nord : nombreux points communs sur le plan écologique et paysager. Le substrat géologique (grès vosgien) est identique et explique l'importance du couvert forestier sur les deux territoires. Le Pfälzerwald fait partie de la réserve de biosphère transfrontalière des Vosges du Nord - Pfälzerwald.
Lorsque nous atteignons Pirmarens, nous allons faire quelques courses.
A nouveau sur l’autoroute, nous contournons Saarbrücken (Land de la Sarre) jusqu’à la frontière de Saarlouis. Là, nous entrons en France (Moselle).

Trajet à travers Lorraine et Ardennes. A 18h, arrêt à Hirson (Aisne) dans un camping. Nous arriverons demain à Wattignies, dans le Nord, chez Patrick et Anne-Marie, où nous allons récupérer Oscar. 
Nous serons de retour lundi à Saint-Fargeau après 6367 km de voyage.


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